Iris : signification, symbolique et messagere de l'arc-en-ciel
Si je devais choisir une seule fleur pour illustrer l’idée que la beauté peut être un message, je choisirais l’iris. Cette fleur extraordinaire, avec ses pétales à la fois délicats et architecturaux, ses couleurs qui vont du blanc pur au violet profond en passant par tous les bleus et les jaunes, semble effectivement faite pour communiquer quelque chose d’important. Les Grecs de l’Antiquité l’avaient compris : ils lui ont donné le nom d’Iris, la déesse de l’arc-en-ciel, la messagère entre les dieux et les hommes.
Dans mes années de recherche en symbolique florale et en mythologie comparée, l’iris est une des fleurs qui m’a le plus occupée. Sa symbolique est stratifiée de façon remarquable : divine, royale, funéraire, guérissante, mystique. Chaque couche de sens se superpose aux autres sans jamais les effacer, créant un tableau symbolique d’une richesse exceptionnelle.
Ce que vous trouverez dans cet article
- Iris, déesse de l’arc-en-ciel : le mythe fondateur
- L’iris et la royauté : la fleur de lys
- L’iris dans la symbolique égyptienne
- La symbolique des couleurs de l’iris
- Iris et le deuil : fleur des cimetières
- Iris et purification dans les traditions méditerranéennes
- L’iris dans la peinture et l’art
- Iris dans la médecine et l’aromathérapie
- Iris dans les rêves et l’inconscient
- Conclusion : l’iris, pont entre le ciel et la terre
- Iris, déesse de l’arc-en-ciel : le mythe fondateur
- L’iris et la royauté : la fleur de lys
- L’iris dans la symbolique égyptienne
- La symbolique des couleurs de l’iris
- Iris et le deuil : fleur des cimetières
- Iris et purification dans les traditions méditerranéennes
- L’iris dans la peinture et l’art
- Iris dans la médecine et l’aromathérapie
- Iris dans les rêves et l’inconscient
- Conclusion : l’iris, pont entre le ciel et la terre
Iris, déesse de l’arc-en-ciel : le mythe fondateur
Dans la mythologie grecque, Iris est la déesse de l’arc-en-ciel et la messagère des dieux, particulièrement celle d’Héra. Elle est représentée avec des ailes dorées, parcourant l’espace entre l’Olympe et la terre à la vitesse de la lumière pour transmettre les ordres divins. Son arc-en-ciel est le chemin qu’elle trace dans le ciel lors de ses passages.
Ce qui est fascinant dans le mythe d’Iris, c’est son rôle d’intermédiaire. Elle n’est pas une grande déesse dont les histoires occupent le premier plan. Elle est la passeuse, la traductrice, celle qui rend possible la communication entre deux mondes qui ne peuvent pas se parler directement. C’est un rôle humble en apparence, mais fondamental.
La fleur iris a été nommée en son honneur précis parce que ses variétés couvrent toute la gamme des couleurs, comme l’arc-en-ciel. C’est une explication botanique mais aussi symbolique : la fleur qui contient toutes les couleurs peut exprimer tous les messages. L’iris est un outil de communication universel.
Dans la cosmologie grecque, l’arc-en-ciel d’Iris n’est pas seulement beau : il est la marque visible du passage de la messagère, la trace de quelque chose qui vient de se passer entre les mondes. Voir un arc-en-ciel, c’est savoir qu’un message vient d’être livré. Voir un iris, c’est peut-être la même chose.
L’iris et la royauté : la fleur de lys
La fleur de lys, emblème de la royauté française et de nombreuses autres dynasties européennes, est en réalité une représentation stylisée de l’iris, probablement de l’Iris pseudacorus, l’iris jaune des marais. Ce malentendu botanique (on dit « lys » mais c’est un iris) a traversé les siècles et est entré dans la culture comme une réalité.
La légende la plus répandue associe la fleur de lys à Clovis, premier roi chrétien des Francs. Selon la tradition, un ange lui aurait apporté un iris d’or au moment de son baptême, comme signe de la protection divine accordée à la monarchie franque. C’est une belle légende qui lie le divin, la royauté et l’iris en un seul récit.
Dans l’héraldique européenne, la fleur de lys représente la pureté, la royauté, la justice et la lumière divine. Sa forme tripartite a été reliée à la Trinité chrétienne et à d’autres symboles trinitaires. C’est un emblème qui a traversé les siècles et les cultures avec une persistance remarquable.
La présence de l’iris dans les symboles de la royauté dit quelque chose d’important sur la perception de cette fleur dans les cultures européennes : c’est une fleur noble, élevée, qui appartient au registre du sacré et du pouvoir. Pas une fleur ordinaire pour les jardins populaires, mais une fleur pour les jardins des rois.
L’iris dans la symbolique égyptienne
L’iris a une histoire très ancienne en Égypte, où il était cultivé depuis au moins 1500 avant notre ère. On en trouve des représentations dans des tombes et des temples, souvent associés aux divinités et à la vie éternelle.
Thoutmosis III a fait représenter des iris dans son jardin botanique reconstitué sur les murs du temple de Karnak, parmi les plantes rapportées de ses campagnes militaires. C’est l’un des plus anciens jardins botaniques du monde, représenté en images, et l’iris y tient une place d’honneur.
Dans la tradition égyptienne, l’iris était associé à Osiris et à la résurrection. Sa capacité à disparaître en hiver et à revenir chaque printemps, plus fort, en faisait un symbole naturel de la résurrection et de la vie éternelle. Planter des iris sur une tombe, c’était affirmer la croyance que le mort reviendrait.
L’iris était aussi associé à la parole divine et aux inscriptions sacrées. Sa forme, avec ses trois pétales dressés et ses trois sépales pendant, pouvait être lue comme un symbole de la communication entre les mondes : trois étapes ascendantes (le message qui monte) et trois étapes descendantes (le message qui descend).
La symbolique des couleurs de l’iris
L’une des particularités de l’iris, c’est qu’il existe dans une gamme extraordinaire de couleurs, et chaque couleur porte sa propre signification symbolique supplémentaire.
L’iris violet ou mauve est le plus associé à la spiritualité et à la sagesse. Le violet est la couleur de la transformation, de l’alchimie intérieure, du passage vers des états de conscience supérieurs. Un iris violet dans un contexte symbolique parle souvent de connaissance profonde et de maturité spirituelle.
L’iris bleu est lié à la fidélité, à la confiance et à la paix. C’est le bleu du ciel et de l’eau, des deux éléments qui couvrent la majorité de notre planète et qui incarnent la constance et la profondeur. Offrir un iris bleu, c’est promettre fidélité et calme.
L’iris jaune ou doré est solaire, optimiste, associé à la passion et à la vitalité. C’est la variété des marais, celle qui a inspiré la fleur de lys, et son jaune vif parle d’énergie et de courage.
L’iris blanc est associé à la pureté, à la révérence et au sacré. On le trouvait souvent dans les églises et les cérémonies religieuses, comme le lys blanc, pour signifier la pureté d’intention et l’élévation spirituelle.
Iris et le deuil : fleur des cimetières
En France et dans d’autres pays méditerranéens, l’iris est traditionnellement associé au deuil et aux cimetières. On plantait des iris sur les tombes et on les offrait lors des cérémonies funéraires. Cette association peut sembler contradictoire avec la beauté joyeuse de la fleur, mais elle s’explique symboliquement.
Comme en Égypte, l’iris sur une tombe est un symbole de résurrection et d’espoir. Ce n’est pas une fleur de tristesse pure mais une fleur qui dit : la vie continue, celui qui est mort reviendra sous une autre forme, comme l’iris revient chaque printemps. C’est un message d’espérance dans le deuil.
La déesse Iris, messagère des dieux, était aussi chargée d’accompagner les âmes des femmes mortes dans leur voyage vers l’au-delà. Elle leur préparait le chemin, elle les guidait. L’iris sur la tombe d’une femme était donc aussi un appel à Iris de faire son travail de psychopompe.
Cette dimension funéraire de l’iris n’est pas triste : elle est profonde et consolante. La fleur sur la tombe dit que la mort n’est pas une fin mais un message, et que ce message sera livré, comme tous les messages d’Iris, avec précision et beauté.
Iris et purification dans les traditions méditerranéennes
La racine d’iris (la rhizome, particulièrement de l’Iris germanica ou de l’Iris pallida) est appelée « orris root » et elle a été utilisée depuis l’Antiquité dans des préparations parfumées et médicinales. Son parfum doux, violet, qui rappelle les violettes, en fait un ingrédient prisé en parfumerie.
Dans les traditions de purification de l’air en Italie et en Grèce, on brûlait de la racine d’iris séchée pour parfumer et purifier les espaces. C’était aussi un ingrédient dans les préparations rituelles d’encens et de potions de purification. L’iris purifie non seulement par son parfum mais par son association avec le divin.
En Florence, l’iris est tellement associé à la ville que son emblème inclut un iris rouge (en réalité l’iris au fil des héraldiques est devenu rouge pour Florence, contrairement à la plupart des autres villes qui le gardent blanc ou or). Le parfum d’iris était considéré à Florence comme l’un des plus nobles et des plus purs.
L’huile d’iris (ou iris concrète) est l’une des matières premières les plus précieuses et les plus coûteuses de la haute parfumerie. Il faut des années pour que la rhizome séchée développe son parfum caractéristique, et la quantité d’huile produite est minime. Cette rareté et cette patience requise renforcent l’association de l’iris avec quelque chose de précieux et de difficile à obtenir.
L’iris dans la peinture et l’art
L’iris a inspiré d’innombrables artistes à travers les siècles. Vincent van Gogh en a fait l’une de ses toiles les plus célèbres, peinte à Saint-Rémy-de-Provence en 1889. Ses iris d’un bleu et violet intense, aux formes presque expressionnistes, sont devenus l’une des images les plus reconnues de la peinture occidentale.
Van Gogh voyait dans les iris une vitalité et une complexité qui lui parlaient. Dans ses lettres, il décrit les fleurs qu’il peint avec une attention presque scientifique mais aussi avec une émotion intense. Les iris pour lui étaient une façon d’étudier la vie, la forme, la couleur, tout en exprimant quelque chose de son propre état intérieur.
Dans la peinture japonaise (nihonga et ukiyo-e), l’iris (kakitsubata) est un motif classique associé aux saisons, particulièrement au début de l’été. Les peintures d’iris de Korin Ogata, artiste de l’époque Edo, sont considérées comme des chefs-d’œuvre du genre, célébrant la beauté décorative et symbolique de la fleur.
Les jardins d’iris sont eux-mêmes des espaces symboliques dans de nombreuses cultures. Le jardin du Palais de Katsura à Kyoto, le Parc Hama-rikyu à Tokyo, les jardins des iris de Florence : ces lieux sont des espaces contemplatifs où la beauté de la fleur est mise en scène pour permettre une réflexion sur le passage du temps, la perfection éphémère et la nature du beau.
Iris dans la médecine et l’aromathérapie
L’iris a des usages médicinaux anciens dans de nombreuses traditions. La rhizome d’iris contient des composés actifs aux propriétés variées : certains sont anti-inflammatoires, d’autres ont des propriétés diurétiques. Mais l’usage le plus constant de l’iris en médecine traditionnelle est son rôle dans les troubles respiratoires et les affections cutanées.
En aromathérapie et en parfumerie thérapeutique, l’iris est classé dans la catégorie des arômes qui favorisent la sérénité, la connexion spirituelle et l’ouverture de la perception. Son parfum violet et doux serait particulièrement bénéfique pour les personnes qui ont du mal à établir le contact avec leur propre intériorité ou avec quelque chose de plus grand qu’elles.
Cette dimension thérapeutique de l’iris est cohérente avec sa symbolique de messagère. Un arôme qui aide à recevoir et à envoyer des messages, à ouvrir les canaux de communication : c’est exactement ce qu’on attendrait de la fleur d’Iris.
Dans la tradition de fleurs de Bach, l’iris n’est pas une fleur de Bach classique, mais dans les extensions plus récentes du système, des préparations à base d’iris sont utilisées pour les personnes qui se sentent coupées de leur vie intérieure, qui ont du mal à accéder à leur propre créativité et leur propre sagesse. La fleur d’Iris comme clé d’accès à l’intérieur.
Iris dans les rêves et l’inconscient
Rêver d’iris est généralement interprété comme un message qui arrive, une révélation imminente, quelque chose qui vient d’un endroit plus grand que soi-même. La fleur-messagère dans le rêve dit : sois attentif, quelque chose vient te parler.
Un iris violet dans un rêve peut signaler une période de transformation spirituelle ou de sagesse nouvelle qui se développent en vous. C’est un rêve d’évolution et de maturation.
Un iris blanc dans un rêve est souvent associé à une clarté nouvelle, à une résolution de confusion, à une pureté d’intention retrouvée. C’est un rêve de réconciliation avec soi-même ou avec quelqu’un d’autre.
Un arc-en-ciel dans un rêve, en référence directe à la déesse Iris, est un symbole classique d’espoir après la tempête, de promesse que les difficultés ont un sens et une fin. L’arc-en-ciel dit : le message a été livré, la pluie est finie, quelque chose de nouveau commence.
L’iris, pont entre le ciel et la terre
Au terme de ce voyage dans la symbolique de l’iris, ce qui me reste c’est cette image d’une fleur-pont. L’iris est un pont entre les dieux et les hommes (grâce à la déesse), entre la vie et la mort (dans les cimetières), entre les couleurs du ciel (l’arc-en-ciel) et les couleurs de la terre, entre le parfum divin et la matière végétale.
Cette vocation de pont, d’intermédiaire, de facilitateur de communication, me semble particulièrement précieuse dans notre époque où les malentendus prolifèrent et où les communications sont souvent bruyantes et superficielles. L’iris nous rappelle qu’il existe des messages qui ne peuvent pas être criés, qui doivent être apportés avec la délicatesse et la beauté d’un arc-en-ciel.
La prochaine fois que vous verrez un iris fleurir, au printemps, prenez un moment pour le regarder vraiment. Ses pétales complexes, ses couleurs superposées, sa façon de tenir droit sur sa tige mince : c’est une fleur qui dit quelque chose. À vous d’écouter quel message elle vous apporte.
Emeline Lefèvre, spécialiste de la symbolique animale et végétale dans la psyché et l’anthropologie