Mars : signification, symbolique et planète du guerrier
Mars est la planète rouge. Même à l’oeil nu, sa teinte rougeâtre dans le ciel nocturne la rend immédiatement reconnaissable, et cette couleur de sang et de feu a dicté sa symbolique depuis les premiers observateurs du ciel. Les traditions qui ont nommé les astres errants ont presque universellement vu dans cette planète rouge la figure de la guerre, de la force, de l’action et du combat. C’est une cohérence symbolique rare et fascinante.
Dans mon travail sur la symbolique cosmique, Mars est la planète qui me pose les questions les plus difficiles. Parce que la guerre est l’une des réalités les plus constantes et les plus destructrices de l’histoire humaine, et qu’honorer sa symbolique sans la glorifier demande une certaine délicatesse. Mais l’archétype martien est plus riche que la guerre au sens littéral : il parle de courage, d’action, de frontières, de la capacité à dire non et à défendre ce qui compte. Ces qualités sont précieuses et nécessaires.
Ce que vous trouverez dans cet article
- Mars dans la mythologie grecque et romaine
- Mars en astrologie : planète de l’action
- La symbolique du rouge et du feu
- Mars et le courage : au-delà de la guerre
- Mars dans les traditions orientales
- Mars dans les rêves
- Mars et la psychologie
- Mars et les archétypes guerriers
- Conclusion : la leçon de Mars
Mars dans la mythologie grecque et romaine
Mars est le dieu de la guerre dans le panthéon romain, correspondant à Arès dans la mythologie grecque. Mais leur caractère dans les mythologies respectives est très différent. Arès grec est une figure plutôt méprisée des autres dieux olympiens : il est impulsif, brutal, sans stratégie, souvent vaincu par Athéna (déesse de la guerre stratégique). Son culte en Grèce est relativement limité.
Mars romain, en revanche, est une figure bien plus noble et vénérée. Il est le père de Romulus, le fondateur de Rome, et le fils de Jupiter. Dans la Rome républicaine et impériale, Mars est le dieu protecteur de Rome, le patron des légions, le garant de la paix romaine (Pax Romana) obtenue par la force. Le mois de mars qui ouvre l’année militaire porte son nom, tout comme la planète.
Le temple de Mars Ultor (« Mars le Vengeur »), construit par Auguste après la victoire contre les meurtriers de Jules César, était au coeur du Forum d’Auguste. Cette dédicace à Mars comme vengeur justice dit quelque chose d’important : la force martienne, dans sa version la plus noble, n’est pas la violence gratuite mais la justice rendue par la force.
L’animal sacré de Mars est le loup, l’oiseau sacré est le pivert. Ces deux animaux ont en commun une façon d’être active, persévérante et parfois agressive qui reflète bien le caractère martien. La louve qui allaite Romulus et Rémus, les jumeaux fondateurs de Rome, est peut-être l’image la plus célèbre de cette connexion entre Mars et Rome.
Mars en astrologie : planète de l’action
En astrologie, Mars est la planète qui régit l’action, le désir, l’énergie physique, le courage et la sexualité. Elle gouverne le Bélier et (dans l’astrologie traditionnelle) le Scorpion. Dans le thème natal, la position de Mars indique comment on agit, comment on exprime son énergie et son désir, comment on réagit aux obstacles.
Mars bien placé dans un thème natal donne de l’énergie, du courage, de la capacité d’action directe et de la confiance en soi physique. Mars mal aspécté peut indiquer une tendance à l’impatience, à l’agressivité, à la colère explosive ou au contraire à la passivité et à la difficulté à s’affirmer.
Le cycle de Mars (environ deux ans pour faire le tour du zodiaque) est associé aux grandes étapes d’engagement et d’action dans la vie. Un retour de Mars à sa position natale (tous les deux ans) est souvent une période d’énergie et d’initiative renouvelées.
Les rétrogradations de Mars (environ tous les deux ans) sont des périodes où les projets d’action peuvent rencontrer des obstacles ou des retards. L’énergie martienne se tourne alors vers l’intérieur : c’est un temps de révision des stratégies, de travail sur les peurs et les blocages plutôt que d’action extérieure directe.
La symbolique du rouge et du feu
La couleur rouge de Mars n’est pas métaphorique : c’est une réalité physique due à l’oxyde de fer qui recouvre sa surface. Mais cette couleur de sang et de feu a naturellement nourri des associations symboliques profondes avec la guerre, le courage et la vitalité.
Le rouge, dans la symbolique des couleurs, est la couleur la plus active et la plus stimulante. Elle accélère le rythme cardiaque, elle attire l’attention, elle mobilise l’énergie. C’est la couleur de l’action par excellence, de la vie physique dans sa forme la plus directe. Mars, planète rouge, est donc la planète de l’énergie vitale dans son expression la plus brute.
Dans la symbolique de l’alchimie, le rouge est la couleur du soufre et de l’énergie active. Le stade rouge (rubedo) dans le Grand Oeuvre alchimique est l’étape finale de la transformation, quand la matière a traversé le noir (nigredo) et le blanc (albedo) pour atteindre sa plénitude rouge. Mars, planète rouge, est l’image de cette énergie transformatrice finale.
Le feu martien est différent du feu solaire : le Soleil est un feu de rayonnement, de chaleur centrale et bienveillante. Mars est un feu de combat, de friction, d’inflammation. C’est le feu qui consume et qui transforme par la force, pas par la douce chaleur.
Mars et le courage : au-delà de la guerre
Si on ne réduit pas Mars à la guerre au sens littéral, la symbolique martienne devient une exploration fascinante du courage sous toutes ses formes. Le courage physique du guerrier, bien sûr, mais aussi le courage moral de dire la vérité même quand c’est difficile, le courage de s’opposer à l’injustice, le courage de défendre ses frontières psychologiques.
La notion de frontière est centrale dans la symbolique de Mars. Une planète qui représente la défense et l’attaque est aussi une planète qui définit les limites de ce qui est acceptable, de ce qui appartient à soi versus ce qui appartient à l’autre. La capacité à poser des limites, à dire non, à ne pas laisser violer son espace intérieur : ce sont des qualités martiennes tout autant que la force physique.
Dans les traditions guerrières japonaises (bushido) et de nombreuses traditions de martial arts asiatiques, la force martiale n’est pas la violence mais la maîtrise de soi. Le guerrier qui se bat quand c’est nécessaire mais préfère la voie de la paix est un idéal martien plus élevé que le simple combattant agressif. Cette dimension du guerrier comme gardien de la paix est présente dans de nombreuses traditions.
Les dieux de la guerre dans les traditions amérindiennes, africaines et autres sont souvent des dieux du courage et de la protection de la communauté, pas des dieux de la conquête. Cette nuance est importante pour une symbolique de Mars qui ne glorifie pas la violence mais honore la force au service de la protection.
Mars dans les traditions orientales
En astrologie indienne (Jyotish), Mangala (Mars) est une planète « malefique » (qui peut causer des difficultés si mal placée) mais qui donne aussi courage, énergie et force de caractère. Son métal est le cuivre rouge (cohérent avec la couleur de Mars), son jour est le mardi (Mangalavara en sanskrit, d’où « mardi » en français via Martis dies en latin).
En Chine, la planète Mars (Huo Xing, l’étoile du Feu) est associée à l’élément Feu dans les cinq éléments du système chinois. L’élément Feu représente le coeur, la joie, la communication, mais aussi la precip itation et l’agitation quand il est en excès. Cette association entre Mars et le coeur dans la cosmologie chinoise est symboliquement riche : le coeur est l’organe du courage autant que de l’amour.
Au Japon, le dieu Takemikazuchi, associé à la foudre et au tonnerre, a des affinités martiennes. Les arts martiaux japonais (budo) ont développé une philosophie très élaborée du courage et de la force, qui va bien au-delà du simple combat. Le budo est une voie (do) qui transforme celui qui le pratique en profondeur.
Dans le tantrisme hindou, la déesse Durga (tueuse de démons) et la déesse Kali (force destructrice et libératrice) ont des aspects martiaux forts. Elles représentent la force féminine qui combat le mal, la colère sacrée au service de la transformation. Cette dimension de la force guerrière féminine est souvent méconnue dans les traditions qui réduisent Mars au masculin.
Mars dans les rêves
Rêver de Mars comme planète rouge dans le ciel peut indiquer une période d’énergie intense, de confrontation inévitable ou d’action décisive. La planète rouge qui s’approche ou qui est particulièrement brillante dans un rêve peut signaler que quelque chose doit être affronté directement.
Un combat en rêve, selon comment il se déroule, peut avoir des interprétations très différentes. Se battre victorieusement contre un ennemi peut indiquer la capacité à surmonter un obstacle. Être vaincu peut indiquer un besoin de renforcer ses défenses. Se défendre sans attaquer peut indiquer une capacité saine à poser des limites.
Le feu dans les rêves est souvent martien : destructeur mais aussi purificateur. Un incendie en rêve peut signaler une transformation radicale en cours, quelque chose d’ancien qui brûle pour faire place au nouveau. Ce type de rêve est intense et demande une attention particulière à ce qui, dans la vie éveillée, est en train de se transformer radicalement.
Mars et la psychologie
La symbolique de Mars parle directement à la psychologie de l’affirmation de soi et de la gestion de la colère. La colère est l’émotion martienne par excellence : elle est l’énergie qui signale que quelque chose ne va pas, qu’une frontière a été franchie, qu’une valeur a été violée. Une colère saine est informative et motivante. Une colère pathologique est destructrice.
La psychologie contemporaine travaille beaucoup sur la capacité à s’affirmer (assertiveness) sans agressivité. Cette distinction entre affirmation saine et agression est précisément la distinction entre un Mars bien intégré et un Mars non maîtrisé. La thérapie peut aider à apprivoiser le Mars intérieur, à en faire un gardien protecteur plutôt qu’un guerrier incontrôlable.
Dans la psychologie jungienne, l’animus (la dimension masculine de la psyché féminine) est souvent associé à Mars dans son expression la plus basique et la moins intégrée : la brute, le guerrier primitif. L’intégration de l’animus (ou du principe martien pour les hommes) passe par la transformation de cette énergie brute en courage, en assertion, en capacité de protection.
Mars et les archétypes guerriers
Les archétypes guerriers sont présents dans toutes les traditions mythologiques du monde : le chevalier médiéval, le samouraï japonais, le guerrier lakota, le gladiateur romain. Ils représentent non pas la violence pour elle-même mais le service au nom de quelque chose de plus grand : la protection de la communauté, la défense des plus faibles, le maintien de la justice.
Ce qui distingue le guerrier noble du simple violent dans les traditions symboliques, c’est précisément la présence d’une intention juste et d’une maîtrise de soi. Le guerrier noble ne combat pas par plaisir mais par nécessité. Il sait quand engager le combat et quand l’éviter. Il connaît ses propres limites et respecte celles des autres.
Robert Moore et Douglas Gillette, dans leur livre « King, Warrior, Magician, Lover » (Roi, Guerrier, Magicien, Amant), ont analysé l’archétype du Guerrier comme l’une des quatre dimensions fondamentales de la psyché masculine mature. Le Guerrier sain est discipliné, loyal, capable d’action décisive, mais au service d’une valeur supérieure et non de sa propre vanité.
La leçon de Mars : le courage juste
Mars nous enseigne que la force sans direction ni valeur est destructrice, mais que l’absence de force est aussi une forme d’impuissance qui permet les injustices. La vraie sagesse martienne est de savoir quand utiliser sa force, dans quel but et selon quels principes.
Ce que Mars symbolise au fond, c’est le courage d’agir selon ses valeurs même quand c’est difficile, de défendre ce qui compte sans chercher le conflit pour lui-même. C’est une qualité indispensable dans toute vie bien menée.
Emeline Lefèvre, spécialiste de la symbolique animale et végétale dans la psyché et l’anthropologie