Python : signification, symbolique et serpent primordial
Le python est l’un de ces animaux qui exercent une fascination troublante. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi, jusqu’à ce que je me penche sérieusement sur sa symbolique. Il y a dans le python quelque chose qui touche à des niveaux très archaïques de la psyché humaine, à des peurs et des fascinations qui précèdent de loin nos cultures actuelles.
Dans mes recherches, le python se distingue de tous les autres serpents par son caractère « primordial ». Il est l’un des plus anciens serpents vivants, proche des origines de l’ordre des serpents. Il n’est pas venimeux mais tue par constriction, par l’étreinte. Et c’est là, peut-être, une des clés de sa symbolique : il enroule, il embrasse, il retient. Il est le serpent de l’union par la force.
Ce que vous trouverez dans cet article
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- #ancre-grece-python Python dans la mythologie grecque
- #ancre-afrique-python Le python en Afrique
- #ancre-australie-python Le python en Australie aborigène
- #ancre-asie-python Le python en Asie
- #ancre-bible-python Le python et le serpent biblique
- #ancre-rêve-python Rêver d’un python
- #ancre-totem-python Le python comme animal totem
- #ancre-constriction-python La symbolique de la constriction
- #ancre-conclusion-python Conclusion
Portrait du python
Les pythons (Python sp.) sont des serpents de grande taille appartenant à la famille des Pythonidae. Le python réticulé (Python reticulatus) est le plus long serpent du monde, pouvant dépasser 7 mètres. Le python birman (Python bivittatus) peut peser plus de 90 kg. Ce sont des animaux à la puissance physique stupéfiante.
Contrairement aux cobras ou aux vipères, les pythons ne sont pas venimeux. Ils tuent leurs proies par constriction : ils les enroulent dans leurs anneaux et serrent progressivement, jusqu’à ce que la respiration soit impossible. Ce mode de prédation, silencieux et lent, a profondément marqué les cultures humaines qui côtoient ces serpents.
Les pythons sont d’excellents nageurs et grimpeurs. Certaines espèces sont arboricoles, vivant dans les arbres des forêts tropicales. Cette capacité à se mouvoir dans les trois milieux (terre, eau, arbres) leur confère une ubiquité symbolique : le python n’est attaché à aucun domaine particulier.
La peau du python est à la fois magnifique et fonctionnelle : ses écailles dessinent des motifs géométriques complexes qui varient selon les espèces. Cette beauté formelle de la peau a contribué à en faire un objet de fascination esthétique dans de nombreuses cultures.
Python dans la mythologie grecque
Python est le nom du grand serpent ou dragon qui gardait le sanctuaire de Delphes avant l’arrivée d’Apollon. Selon Hésiode et d’autres sources, Python était né du limon laissé par le déluge, fils de la Terre primordiale (Gaïa). Il représentait les forces chtoniennes, telluriennes, antérieures aux dieux olympiens.
Apollon tua Python et s’empara de l’oracle de Delphes. La Pythie (la prêtresse de l’oracle) tirait son nom de ce serpent primordial. Les vapeurs psychédéliques qui s’échappaient des fissures de la terre à Delphes (probablement des éthylène et autres gaz) et qui induisaient la transe prophétique de la Pythie étaient associées à la puissance tellurique de Python, toujours présente sous terre même après sa mort.
Ce mythe est riche d’enseignements. Apollon (le dieu de la raison, de la lumière, de la prophétie ordonnée) remplace Python (le serpent du chaos primitif, de la prophétie brute et désordonnée). Mais la Pythie, en portant le nom du serpent mort, dit que le vieil oracle n’est pas vraiment parti. Il est juste sous une nouvelle forme, plus maîtrisée.
La victoire d’Apollon sur Python est commémorée par les Jeux Pythiens, précurseurs des Jeux Olympiques, organisés à Delphes. Ce serpent primordial était si important qu’on lui consacrait une fête sportive. C’est la mesure de son importance dans la psyché grecque.
Le python en Afrique
Dans de nombreuses traditions d’Afrique subsaharienne, le python est un animal sacré de tout premier ordre. En Afrique de l’Ouest, notamment chez les Fon du Dahomey (actuel Bénin) et les Yoruba du Nigeria, le python est l’animal associé à la divinité Dangbe ou Dan, divinité des arcs-en-ciel et de la prospérité.
Dans la tradition Vodoun, le serpent arc-en-ciel (souvent représenté comme un python) est un esprit de création qui soutient le monde dans ses anneaux. Ce python cosmique encercle la Terre et maintient tout en place. Sa libération ou son affaiblissement mènerait à l’effondrement du cosmos.
Dans certaines communautés du Bénin et du Togo, les pythons sacrés de temple sont protégés et vénérés. Les tuer serait un crime grave, et se retrouver sur son chemin est un signe de bénédiction. Les pythons peuvent entrer librement dans certains quartiers sacrés sans être inquiétés. Cette cohabitation homme-serpent est un exemple rare de respect rituel d’un animal prédateur.
En Afrique du Sud, chez les Zulus et d’autres peuples, le python est souvent associé aux ancêtres et aux esprits familiaux. Un python qui entre dans une maison peut être l’esprit d’un ancêtre en visite. On ne le chasse pas, on l’honore, on lui offre de la nourriture.
Le python en Australie aborigène
Dans les mythologies aborigènes d’Australie, le Serpent Arc-en-ciel est l’une des figures créatrices les plus importantes. Ce grand serpent primordial, souvent identifié à des espèces de python (notamment le python de Stimson ou le python olive), a creusé les rivières et les vallées en se déplaçant sur la terre à l’aube des temps.
Le Serpent Arc-en-ciel est à la fois créateur bienveillant et puissance dangereuse. Il donne la pluie et la vie, mais peut aussi provoquer les inondations et les catastrophes. C’est une figure ambivalente, comme toutes les grandes forces de la nature.
Dans le « Temps du Rêve » (Dreaming), ce serpent primordial continue d’exister dans une dimension parallèle à la réalité quotidienne. Les sites où il est censé dormir ou se reposer sont des lieux sacrés, intouchables, chargés d’une puissance surnaturelle. La géographie du pays est cartographiée selon le chemin de ce serpent primordial.
Ce concept est profondément cohérent avec la symbolique universelle du serpent comme force de la Terre elle-même, comme énergie tellurique qui court sous le sol et se manifeste dans les sources, les grottes et les fissures. Le python australien est le frère mythique du Python de Delphes, même si ces cultures n’ont jamais eu de contact.
Le python en Asie
En Asie du Sud-Est, les pythons sont souvent associés aux naga, ces serpents divins ou semi-divins que l’on retrouve dans les traditions hindoues et bouddhistes. Les naga gardent les trésors souterrains, protègent les temples et contrôlent les eaux. La relation entre le python et le naga est étroite, même si les naga sont souvent représentés comme des cobras ou des serpents à tête humaine plutôt que comme des pythons.
En Birmanie (Myanmar), le python birman est un animal hautement respecté dans certaines traditions locales. Des temples qui hébergent des pythons sacrés sont des lieux de pèlerinage. Ces pythons, nourris et entretenus par les moines ou les gardiens du temple, sont considérés comme des manifestations ou des gardiens divins.
Dans les arts martiaux d’Asie du Sud-Est, certains styles s’inspirent explicitement du python : mouvements de constriction, techniques d’enroulement et de verrouillage. Le python comme maître des techniques de contrôle total.
Le python et le serpent biblique
Le serpent du jardin d’Eden n’est pas nommé explicitement dans la Genèse, mais la tradition populaire l’identifie souvent à un grand serpent, parfois visualisé comme un python ou un boa. Ce serpent qui parle, qui tente et qui transgresse, est la figure symbolique la plus influente de l’Occident chrétien.
L’apostrophe anti-serpent de la Genèse (« je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne ») a créé une relation de méfiance viscérale entre l’Occident chrétien et tous les serpents. Le python a souffert de cet héritage symbolique négatif, même si les traditions pré-chrétiennes le vénéraient.
Dans le Nouveau Testament, l’esprit de divination que Paul exorcise d’une servante de Philippes est appelé pneuma puthona (esprit python) dans le texte grec. La référence à Python de Delphes est explicite. Le christianisme primitif assimilait les pratiques divinatoires à la puissance du serpent primordial, adversaire à surmonter.
Rêver d’un python
Rêver d’un python est souvent un rêve très intense, difficile à oublier. Dans la psychologie analytique, le serpent dans les rêves est une manifestation de l’énergie vitale profonde, de la libido au sens jungien (pas seulement sexuel mais vital dans sa totalité).
Un python qui vous enroule dans un rêve peut signifier une situation dans votre vie où vous vous sentez « pris » ou contraint. Mais cela peut aussi signifier l’intégration d’une grande puissance, une énergie qui vous entoure et vous transforme. La différence est dans le sentiment du rêve : étouffement ou embrassement ?
Un python qui mue (change de peau) dans un rêve est souvent un symbole positif de transformation : vous êtes en train de shed votre ancienne peau, de vous débarrasser de ce qui ne vous appartient plus, de vous renouveler.
Le python comme animal totem
Ceux pour qui le python est un animal guide possèdent, selon les traditions, une patience hors du commun, une capacité à attendre le moment exact avant d’agir, et une puissance d’action qui peut surprendre ceux qui les croient passifs. Comme le python qui attend immobile des heures avant de frapper, ces personnes savent que le timing est tout.
Le totem python est aussi associé à la transformation et au renouveau. La mue du serpent, cette mort et renaissance symboliques périodiques, est l’image de la capacité à se renouveler entièrement, à laisser derrière soi ce qui n’est plus utile.
La constriction symbolique du python-totem peut représenter la capacité à « tenir » les situations difficiles, à ne pas lâcher prise avant d’avoir obtenu ce dont on a besoin. C’est une persévérance qui peut parfois faire peur par son intensité.
La symbolique de la constriction
Ce qui distingue la symbolique du python de celle des autres serpents, c’est cette façon de tuer par l’étreinte. Pas le venin qui attaque de loin, pas la morsure qui blessé et s’en va : l’enroulement, le contact total, la pression progressive.
Dans la symbolique de la constriction, on peut lire plusieurs choses. D’un côté, l’étreinte mortelle : ce qui s’accroche trop fort étouffe ce qu’il tient. Les relations possessives, les idéologies qui ne laissent pas respirer, les situations dont on ne peut pas se dégager. De l’autre, l’union totale : deux corps enlacés jusqu’à ne plus faire qu’un, la fusion qui transforme.
L’ouroboros, ce serpent qui se mord la queue, est souvent représenté comme un grand python. Cette figure de l’auto-constriction, du cycle qui se referme sur lui-même, est peut-être la plus profonde expression de la symbolique du python : la force qui crée par l’étreinte de la totalité sur elle-même.
Le python, serpent de la totalité
Ce qui me frappe dans la symbolique du python à travers les cultures, c’est cette idée persistante qu’il représente une force totale, qui embrasse tout, qui ne laisse rien en dehors de son emprise. Que ce soit le Serpent Arc-en-ciel australien qui ceinture la Terre, le Python de Delphes qui garde les secrets de la prophétie, ou le serpent de Dan qui soutient le cosmos, le python est toujours l’image de l’embrassement de la totalité.
Cette symbolique est à la fois impressionnante et un peu vertigineuse. Elle nous dit que certaines forces de l’univers ne font pas dans la demi-mesure. Elles prennent tout, ou rien. Et peut-être que la vraie transformation, le vrai renouveau, exige parfois d’être tenu aussi complètement, aussi sans-retenue, que dans les anneaux d’un python.
Emeline Lefèvre, spécialiste de la symbolique animale et végétale dans la psyché et l’anthropologie