Saule pleureur : signification, symbolique et arbre du deuil
Il y a des arbres que l’on reconnaît sans les avoir jamais appris. Le saule pleureur en fait partie. Sa silhouette – ce tronc droit, et ces milliers de branches qui retombent jusqu’à effleurer l’eau, comme si l’arbre cherchait à toucher sa propre réflexion – est l’une des plus immédiatement évocatrices de toute la flore mondiale.
Dans mes recherches sur la symbolique végétale, le saule pleureur est l’arbre qui me pose le plus de questions. Pourquoi le deuil, si universellement ? Pourquoi l’arbre penché vers l’eau est-il dans presque toutes les cultures un signe de tristesse ? Et est-ce que la tristesse est vraiment tout ce qu’il dit ?
Ce que vous trouverez dans cet article
- #ancre-description-sp Portrait du saule pleureur
- #ancre-deuil-sp Saule et cimetiere en Occident
- #ancre-chine-sp Le saule en Chine
- #ancre-mythologie-sp Mythologie et folklore
- #ancre-eau-sp Le saule et l’eau
- #ancre-resilience-sp La resilience cachee du saule
- #ancre-poesie-sp Le saule en poesie et en art
- #ancre-medicinal-sp Vertus medicinales
- #ancre-nature-sp Le saule dans la nature
- #ancre-conclusion-sp Conclusion
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Portrait du saule pleureur
Le saule pleureur (Salix babylonica et hybrides) est originaire de Chine, mais a été planté dans le monde entier depuis des siècles pour son effet ornemental. Sa forme si caractéristique – les branches longues et flexibles qui retombent en cascade – est déterminée génétiquement et s’exprime quelque soit l’environnement.
Le saule pleureur est un arbre des zones humides : il pousse de préférence en bordure des rivières, des lacs, des étangs. Son système racinaire est extraordinairement puissant et agressif, capable de trouver l’eau à grande distance et de pénétrer dans les canalisations souterraines.
Saule et cimetiere en Occident
En Europe occidentale, le saule pleureur est intimement lié aux cimetières et au deuil depuis le 18e siècle. La forme de l’arbre – ses branches qui « pleurent », qui retombent comme des larmes – a naturellement suggéré l’affliction. Les cimetières romantiques et victoriens ont largement adopté cet arbre comme symbole visuel de la douleur du deuil.
Le « willow » (saule) est présent dans de nombreuses chansons et poèmes anglais de deuil. Ophélie dans Hamlet de Shakespeare se noie dans une rivière sous un saule pleureur. Cette scène est peut-être la plus célèbre des associations occidentales entre le saule, l’eau et la mort.
Dans l’Angleterre victorienne, les bijoux de deuil représentaient souvent des saules pleureurs. Les pierres tombales étaient sculptées de saules. La silhouette de l’arbre était devenue le signe visuel universel du deuil dans la culture populaire.
Le saule en Chine
En Chine, le saule (liu) a une symbolique différente de la mélancolie occidentale. Il est associé à la flexibilité, à la vitalité printanière et à l’amour romantique. La flexibilité des branches du saule était une métaphore de l’adaptabilité et de la douceur dans les rapports humains.
Lors de la fête du Qingming (fête des Tombes, au début du printemps), on porte des branches de saule à la mémoire des ancêtres. Mais ce geste dit le renouveau autant que le deuil : c’est le saule vert du printemps qui honore les morts, pas le saule pleureur d’hiver.
Le « motif du saule » (willow pattern) sur la porcelaine bleue et blanche chinoise et anglaise représente un jardin traditionnel chinois avec un saule. Ce design, diffusé dans le monde entier via le commerce des porcelaines, a contribué à l’image romantique et mélancolique du saule en Occident.
Mythologie et folklore
Dans la mythologie grecque, le saule est associé à Hécate, déesse de la lune et des carrefours, et à Perséphone. Les saules poussaient aux portes des enfers, dans les zones marécageuses entre le monde des vivants et celui des morts. Le saule était un arbre de frontière, un passeur entre les mondes.
Chez les Celtes, le saule (saille) était l’un des arbres de l’ogham, le système d’écriture sacré druidique. Il était associé à la lune, à l’intuition et aux rêves. Le saule était l’arbre des visions et des révélations nocturnes.
Le saule et l’eau
La relation du saule avec l’eau est fondamentale : il pousse toujours près des cours d’eau, son bois est imprégné d’humidité, ses racines cherchent l’eau dans les profondeurs. Cette dépendance à l’eau le lie symboliquement à l’élément liquide et à tout ce qu’il représente : l’inconscient, les émotions, l’intuition, la mémoire.
La façon dont les branches du saule effleurent l’eau dit quelque chose sur le rapport à l’inconscient : on se penche vers l’eau, on touche sa surface, mais on ne plonge pas. Le saule est en contact avec les profondeurs sans y être englouti. C’est peut-être une façon d’être en relation avec sa propre intériorité tout en restant debout.
La resilience cachee du saule
Ce que la symbolique populaire oublie souvent, c’est la résilience extraordinaire du saule. Coupé, il repousse. Cassé par le vent, il cicatrise et continue. Sa flexibilité même est une stratégie de survie : en se pliant, il résiste aux tempêtes qui briseraient un arbre plus rigide.
Cette résilience par la flexibilité est une leçon symbolique que peu de gens tirent du saule pleureur. Mais c’est peut-être la plus profonde : savoir se plier sans se briser, rester souple sans perdre son ancrage dans la terre.
Le saule en poesie et en art
Le saule pleureur est l’un des arbres les plus représentés dans la peinture, la poésie et la musique des deux derniers siècles. De Turner aux impressionnistes, de Keats à Verlaine, le saule est associé à une esthétique de la mélancolie douce, de la beauté qui se teinte de tristesse.
Cette esthétique du saule dit quelque chose sur notre rapport collectif à la tristesse : nous l’avons investie d’une beauté particulière. La mélancolie n’est pas seulement souffrance : elle est aussi sensibilité accrue, contact plus profond avec soi-même, connexion à quelque chose de vaste et de silencieux.
Vertus medicinales
L’écorce de saule contient de l’acide salicylique, le précurseur naturel de l’aspirine. C’est l’un des médicaments les plus anciennement documentés : les textes médicaux sumériens et égyptiens anciens mentionnent déjà l’usage de l’écorce de saule contre la douleur et la fièvre. Le saule a guéri l’humanité avant la chimie.
Le saule dans la nature
Les saules jouent un rôle écologique crucial dans les zones humides. Leurs racines stabilisent les berges des rivières et empêchent l’érosion. Leurs feuilles tombent dans les cours d’eau et alimentent les réseaux trophiques aquatiques. Leurs fleurs précoces (chatons) sont une ressource vitale pour les abeilles au début du printemps.
Le saule, larmes et racines
Ce que le saule pleureur m’a appris, en fin de compte, c’est que la tristesse et la résilience ne sont pas des opposés. L’arbre qui pleure est aussi l’arbre dont les racines tiennent le mieux les berges. L’arbre qui se plie dans le vent est celui qui reste debout après la tempête.
Le saule pleureur n’est pas un arbre de la défaite. C’est un arbre de la profondeur. Ses larmes sont des branches qui vont chercher l’eau, qui touchent l’inconscient, qui restent en contact avec quelque chose d’essentiel. C’est l’arbre de ceux qui ressentent profondément et qui, pour cette raison même, tiennent debout.
Emeline Lefèvre, spécialiste de la symbolique animale et végétale dans la psyché et l’anthropologie